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                                                 Le top 30 de 1967 à 1977 du Rock Master.



no.1
Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967)
The Beatles
Capitol 2653

C'est à partir de 1965 et de l'album Rubber Soul que les Beatles ont vraiment commencé à expérimenter et à explorer de nouvelles avenues avec leur musique. À ce moment-là, les Beatles avaient déjà fait beaucoup de chemin depuis leurs débuts. Ils n'étaient définitivement plus les quatre garçons naïfs et un peu ignorants de Liverpool. Avec le temps ils avaient commencé à s'intéresser à la philosophie, aux religions et aux cultures étrangères, à la littérature, au théâtre et aux arts.

George Harrison en particulier, se mit à fortement s'intéresser aux sonorités issues de l'Orient. C'est ce qui explique la présence d'une pièce comme Norwegian Wood sur le disque Rubber Soul. Les quatre musiciens ne se doutaient vraiment pas à ce moment-là qu'ils venaient d'introduire avec la sitar une nouvelle sonorité qui allait obtenir un succès étonnant et devenir présente dans la musique du reste des années 60. Le reste de l'album renfermait de véritables petits bijoux tels : Girl , Drive My Car , Nowhere Man , In My Life et Wait . Toutefois, malgré le fait qu'on considère encore aujourd'hui Rubber Soul comme le premier chef-d'oeuvre des Beatles, il ne s'agissait là que des premiers balbutiements sophistiqués de ce qui allait suivre.

Les mois suivants allaient s'avérer encore plus importants au niveau de la création pour les Beatles. En 1966, le public et les critiques étaient certains que le quatuor avait atteint le sommet de leur créativité avec l'album Revolver , leur disque le plu sophistiqué et expérimental jusque-là. Le Fab Four venait tout juste de se décider à abandonner les tournées de spectacles pour se consacrer entièrement au travail de studio et les soi-disant experts de l'époque s'accordaient tous à dire que l'inspiration et la popularité du groupe allaient lentement décliner. L'histoire allait une fois de plus nous montrer que ces «experts» étaient à côté de leurs pompes. Pourtant, en écoutant Revolver, les critiques auraient dû réaliser qu'il se passait réellement quelque chose de particulier avec le quatuor. Les Beatles expérimentaient pour la première fois avec de nouveaux sons (fuzz box dans Taxman , enregistrements passés à l'envers dans I'm Only Sleeping , effets spéciaux dans Yellow Submarine ), se servaient d'instruments de musique non traditionnels pour une formation de rock (tablas dans Love You To , quatuor à cordes dans Eleanor Rigby ...) et embrassaient à fond l'idéologie psychédélique qui faisait de plus en plus d'adeptes dans le Swingin London et le reste du monde. Leurs expériences avec la drogue n'étaient pas étrangères à cette nouvelle orientation. À la suite de Revolver , les Beatles passèrent plusieurs mois en studio afin de concocter l'album suivant, ce qui semblait donner raison aux critiques qui déclaraient avec un plaisir évident que le quatuor était à cours d'inspiration et que les garçons n'arrivaient plus à rien pondre de valable, ce qui expliquait le délai de livraison exagéré du disque.

Quand Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band sort le 1er juin 1967, les critiques et le public sont estomaqués. Cet album va changer à jamais la conception que les musiciens et le public avaient du 33 tours. Ils s'agissait de la première grosse production dans le domaine de la musique populaire. Auparavant, les musiciens concevaient le 33 tours comme une collection de chansons à succès n'ayant aucun rapport ou fil conducteur les unes avec les autres. Même les Rolling Stones voyaient les 33 tours comme étant des recueils de singles . La sortie de Sgt. Pepper's va changer tout cela et sonner le début de la fin des 45 tours. Dorénavant, les groupes vont consacrer de plus en plus d'argent et de temps à l'enregistrements et la réalisation de leurs albums, tout en délaissant le marché des singles. Sgt. Pepper's inaugure la mode des albums concept.

Inspiré par le disque Pet Sounds des Beach Boys, Paul McCartney fut l'instigateur de cet ambitieux projet. Paul domine littéralement tout l'album, ayant signé la majorité des compositions, dont la chanson qui donne son titre au disque. John Lennon y est un peu plus effacé que d'habitude, ne signant que trois des chansons de l'album ( Lucy In The Sky With Diamonds , Being For The Benefit Of Mr. Kite et Good Morning, Good Morning ) et participant avec Paul à l'écriture de leur chef-d'oeuvre commun, A Day In The Life .

L'album s'ouvre avec la chanson titre, un rock traditionnel qui nous présente l'orchestre du Sgt. Pepper comme les hôtes de la soirée. À l'époque, les longs noms de groupes étaient à la mode (on n'a qu'à penser par exemple à des formations comme Quicksilver Messenger Service, Strawberry Alarm Clock et Big Brother & The Holding Company pour s'en rendre compte) et McCartney eut l'idée pour le projet de créer un groupe fictif affublé d'un nom interminable. La pièce Sgt. Pepper's dégage une atmosphère de bonne humeur et de plaisir évident. Des bruits de foule servent d'enchaînement à la chanson suivante, With A Little Help From My Friend , chantée par Ringo Starr. Cette chanson est probablement la meilleure que Ringo ait jamais enregistrée avec les Beatles. Joe Cocker va en faire une reprise fort réussie un an plus tard.

La troisième pièce, Lucy In The Sky With Diamonds reste la chanson la plus bizarre de tout l'album. Baignant dans une atmosphère psychédélique étrange et faisant référence à la drogue (les fameuses initiales L.S.D.), la pièce nous ramène dans l'univers que Lennon avait déjà auparavant commencé à explorer avec les chansons Tomorrow Never Knows et Strawberry Field Forever . L'imagerie fort insolite des textes laisse plus d'un auditeur déconcerté. La chanson va faire longtemps l'objet de nombreux commentaires. Les Beatles vont même être accusés d'inciter les gens à se droguer. Tout ceci sera évidemment démenti par Lennon lui-même.

Getting Better de McCartney est un bon petit rock sans prétention dont seuls les Beatles avaient la recette à l'époque. La partie de guitare en particulier est très réussie. La sonorité de la guitare de Harrison tranche avec le reste des instruments de façon superbe.

Fixing A Hole restera à jamais une des plus belles chansons jamais écrites par McCartney. Les textes (un peu comme dans la chanson précédente) expriment l'optimisme que Paul et le reste du groupe ressentent à cette étape-ci de leur carrière. Le clavecin qui domine tout de long de la chanson apporte une couleur très psychédélique à l'ambiance. Une fois de plus, Harrison se fait remarquer grâce àson excellente partie de guitare.

She's Leaving Home est peut-être la chanson qui a le plus mal vieilli de tout l'album. Le côté un peu trop «mélo» de cette pièce finit un peu par ennuyer. Being for The Benefit of Mr Kite , la deuxième chanson signée par Lennon, s'avère être sa meilleure contribution au disque. L'atmosphère irréelle de cirque est rehaussée par l'utilisation de bandes passées à l'envers et par un orgue psychédélique omniprésent. Lennon a affirmé par la suite que ses paroles sibyllines avaient été inspirées par une vieille affiche de cirque.

La face deux débute avec la contribution de Harrison, Within You Without You , une autre pièce d'inspiration indienne dans la même veine que Love You To de l'album Revolver . Encore une fois, George explore cette musique et cette culture qui exercent une véritable fascination sur lui. When I'm Sixty-four de McCartney s'avère être une malheureuse incursion dans le monde du music hall. Assez curieusement, l'incongruité de cette pièce dans le décor vient toutefois peut-être encore une fois rehausser le caractère étrange et psychédélique du disque. Après tout, qui aurait cru retrouver une telle chanson sur l'album le plus psychédélique de tous les temps.

Lovely Rita de McCartney est un autre petit rock agréable, tout comme la pièce suivante, Good Morning Good Morning de Lennon, chanson dominée par les cuivres. Cette fois-là, Lennon avoua qu'il avait puisé son inspiration sur une boîte de Corn Flakes (!!!).

La douzième pièce est une reprise plus courte et plus rythmée de Sgt. Pepper's qui sert d'introduction à la pièce de résistance de l'album : A Day In The Life . La chanson est une véritable collaboration Lennon-McCartney. À l'origine il devait s'agir de deux chansons distinctes. Cependant, Lennon n'arrivait pas à trouver de bridge pour la sienne, alors que McCartney de son côté n'arrivait pas à trouver de refrain. Les deux pièces furent habilement jumelées par le groupe, créant du même coup un de leurs plus grands chefs-d'oeuvre. On reconnaît le style de Lennon au début et à la fin de la pièce, alors que le milieu fait typiquement McCartney. A Day in The Life allait devenir un véritable monument des années soixante. L'accord de piano qui met un point final à l'album résonne comme le couvercle d'une tombe qui s'abat pour l'éternité, scellant à jamais cette oeuvre maîtresse intemporelle.



no.2
Dark Side Of The Moon (1973)
Pink Floyd

L'album le plus populaire de tous les temps. Il est resté sur les palmarès britanniques pendant plus de 300 semaines et dans le Top 200 du Billboard pendant 741 semaines, ce qui représente plus de 14 ans! À la fin des années 80 on en avait écoulé plus de 15 millions d'exemplaires dans le monde. À un certain moment dans les années 80, une usine allemande de fabrication de disques compacts produisait uniquement ce titre afin de pouvoir fournir à la demande.

Cet album concept, ayant comme thème de base la folie, jetait un regard noir et désabusé sur la vie contemporaine. Comme toutes les oeuvres de Pink Floyd, il s'agit d'un album sombre et pessimiste qui tranche totalement avec le Sgt. Pepper's des Beatles. Il s'agit d'un album à déconseiller aux dépressifs ou aux personnes trop sensibles.

Première constatation en écoutant l'album, il n'a pas pris une seule ride en près de 35 ans. Il est encore très actuel et sonne comme si il avait été enregistré hier. La production est vraiment impeccable. Probablement que le fait qu'Alan Parsons ait travaillé sur le disque à titre d'ingénieur du son y est pour beaucoup. Les albums précédents de Pink Floyd sonnaient bien, mais celui-ci les dépasse de loin par sa perfection.

L'album s'ouvre avec un battement de coeur et une exhortation à respirer. Tout de suite on remarque la beauté et la majesté du jeu de guitare de David Gilmour qui venait de commencer à s'établir comme un des grands guitaristes rock. Son utilisation de la guitare slide demeure magnifique et très originale, même aujourd'hui. La chanson Breathe In The Air est une douce ballade planante qui donne le ton à l'album. La pièce suivante, On The Run , est une curieuse instrumentale très électronique, ponctuée ça et là de sons étranges et hétéroclites. Il faut vraiment voir le film projeté pendant les prestations en spectacle de Pink Floyd afin de voir à peu près ce que les musiciens avaient en tête lors de la composition et de l'enregistrement de cette pièce.

Time est la première grande chanson de l'album. Encore une fois, bien que les paroles de la chanson soient très noires, on ne peut que s'incliner devant le talent de Roger Waters qui est décidément un parolier hors de l'ordinaire. Le solo de guitare de Gilmour vaut vraiment le détour. Son utilisation de l'écho analogue est tout à fait brillante. Time est habilement jumelée à la pièce de Richard Wright, The Great Gig In The Sky . Cette dernière représente pour moi le plus beau moment de l'album. La voix de Clare Torry y est tout à fait magnifique. La partie de guitare slide du début de la pièce est aussi très belle. Il s'agit vraiment d'une grande réussite pour Wright qui s'était toujours effacé par le passé derrière Waters et Gilmour.

Le côté deux s'ouvre avec Money , la pièce la plus connue de cet album. Le collage qui sert d'introduction à la chanson est un véritable tour de force. Il faut se rappeler qu'à l'époque tout ceci était fait de façon artisanale. La technique pour produire l'effet de la caisse enregistreuse du début consistait à découper les rubans préenregistrés et à les recoller les uns après les autres tout en tentant de garder le tempo tout au long de la séquence. Cette chanson demeure une des plus connues et des plus populaires de toute l'histoire du rock.

Les pièces du reste de l'album sont tellement bien enchaînées et entrelacées qu'on dirait qu'elles ne forment qu'une seule et unique chanson. L'atmosphère particulière qui se dégage de Dark Side Of The Moon en font un album unique qui a captivé plusieurs générations de mélomanes. L'impact durable qu'il a eu sur la musique en font un disque peu commun qui restera probablement à jamais dans l'esprit des gens comme le plus grand album produit dans les années 70.







no.3
Led Zeppelin (1969)
Led Zeppelin
Atlantic 19126

Ozzy Ozbourne a déjà dit que la sortie de cet album avait apporté un véritable vent de fraîcheur dont la musique à l'époque avait définitivement bien besoin. Il est vrai que cet album tranchait d'avec toutes les production fleuries et peace & love qui dominaient le marché du rock de la fin des années 60. C 'est en mars 69 que Jimi Page et ses compères débarquent avec leur Blues électrique gonflé aux stéroïdes. Jamais on avait entendu un son aussi puissant et aussi méchant. Les pauvres hippies de l'Ère du Verseau avaient l'impression d'assister au débarquement des troupes de Gengis Khan en entendant ce premier effort de Led Zep.

Avec cet album, le monde découvrait le heavy metal . Au cours des décennies suivantes, le groupe va devenir l'archétype même de ce genre musical. La batterie ultra assourdissante, les guitares décapantes, les voix suraiguës et la basse vrombissante de Led Zeppelin vont servir de référence pour des millions de groupes clones en mal de gloire.

Les longues années d'expérience de Jimi Page en tant que guitariste de studio s'étaient avérées très profitables pour le quatuor qui a bénéficié d'une production d'enfer. La supériorité sonore stupéfiante du groupe par rapport aux autres formations de l'époque y a été pour beaucoup dans le succès que le groupe a rencontré dès le départ.

Il faut dire que jusque-là, les productions rock avaient souffert de leur pauvreté, autant en Amérique qu'en Angleterre. La plupart des ingénieurs de son et des producteurs des années 50 et 60 étaient des vieillards peu intéressés ou totalement hostiles à la musique rock. Les résultats étaient par conséquent toujours moyens ou médiocres. La puissance que les groupes de rock dégageaient en spectacle n'avait jamais pu être reproduite sur vinyle pour cette raison entre autres.

Lorsque Led Zeppelin entre en studio pour la première fois, Jimi Page sait exactement ce qu'il veut. Il connaît tous les moyens techniques qu'il doit employer pour obtenir les résultats qu'il désire. Son expertise et son expérience des studios d'enregistrements vont s'avérer déterminantes pour le son d'ensemble du groupe. Page expérimente avec la disposition des micros dans la cabine d'enregistrement, recréant pour l'auditeur une perception dimensionnelle unique. Le son de la batterie en particulier va être très réussi.

Good times, Bad times , qui ouvre l'album, met en évidence la batterie de Bonham. Les roulements de bass drum surtout impressionnent l'auditeur. Toutefois, et c'est là que le talent de Bonham réside, il faut savoir qu'il n'utilisait à ce moment-là qu'une seule pédale de bass drum (donc un seul pied) afin d'effectuer les prouesses incroyables dont il gratifie le morceau. Déjà là, il faut reconnaître qu'il s'agit d'un exploit à peu près surhumain. Jimi Page tricote autour de la section rythmique une partition unique qui continue encore de nos jours à ébahir les musiciens.

Babe, I'm Gonna Leave You fut l'ancêtre de Stairway To Heaven . La chanson commence sur une séquence douce pour se muter en une véritable power ballad extrêmement lourde. Cette chanson allait servir de référence pour toutes les ballades «mélo» des années 80 et 90 du genre corporate rock . Ce type de chanson fut repris des milliers de fois depuis.

Avec la troisième chanson, Led Zeppelin montre ses véritables couleurs. La reprise de You Shook Me de Willie Dixon surprend par sa puissance. La voix de Plant en particulier y est prédominante. Plant jette les bases de ce qui va par la suite devenir la référence en fait de présence vocale. Au début des années 70, tous les chanteurs rock se tournaient vers Plant afin d'avoir une idée sur ce qu'il fallait faire afin de rendre une chanson dans le style heavy . Les influences du groupe sont apparentes : du blues trempé dans la sauce rock. Ils poussent à fond ce que les Yardbirds et Cream avaient commencé à exploiter quelques années auparavant. Les résultats sont brillants.

Dazed and Confused va rester à jamais la pièce maîtresse du disque. Led Zep va devoir la jouer à chacun de leurs spectacles pendant quelques années. L'utilisation de l'archet de violon sur la guitare de Page va devenir sa marque de commerce (un peu comme la double neck ). Le groupe exploite son côté psychédélique. Souvent, le groupe va jammer sur cette chanson en concert pendant 30 ou 45 minutes. Dazed & Confused va devenir le véhicule parfait de l'inspiration du groupe.

Your Time Is Gonna Come qui ouvre le côté deux est différente du reste de l'album. Orgue prédominant et voix traînante caractérisent cette pièce. Pour cette pièce, et contrairement au reste de l'album, Page s'efface un peu. Pourtant, en tant que producteur, Page se surpasse cette fois-là. il s'agit peut-être de la chanson la plus mélodique de l'album à part Babe,I'm Gonna Leave You . Une réussite totale. Avec Black Mountain Side Page nous démontre son savoir-faire. Son utilisation de l' open tuning va faire des petits assez vite dans le rock. Cette pièce a surtout eu un impact au début des années 90 avec le mouvement grunge. Soungarden en particulier a beaucoup emprunté à Led Zeppelin. Contrairement à ses contemporains, Page prouve que la vie ne s'est pas arrêtée avec Jimi Hendrix. Page nous montre pour la première fois qu'il est un des meilleurs guitaristes de rock du siècle.

La partition de guitare de Communication Breakdown a fait école. Combien de fois ai-je pu entendre le même riff de guitare reprit de façon plus ou moins heureuse? Au moins 1000 fois! Le solo de guitare a inspiré des milliers de musiciens. Cette petite chanson de 2:30 a engendré des millions de clones. Les musiciens des années 80 (surtout) ont surexploité ce petit bijou de façon exagéré. C'est assez fascinant de voir à quel point ce petit riff a pu avoir un tel impact sur une décennie complète.

I Can't Quit You Baby de Willie Dixon (encore une fois) va nous ramener vers les racines de Led Zeppelin. Tout le côté flamboyant du groupe ressort. Chaque musicien s'y met en valeur. Encore là, il s'agit d'une grande réussite. How Many More Times vient clore l'album avec brio. Ce riff de guitare puissant vient compléter cet album parfait. Metallica a repris cette chanson pendant des années en concert. C'est probablement la chanson qui m'a le plus marqué du disque. Le délire psychédélique est tout à fait hallucinant.

Led Zeppelin avaient tout pour réussir : la musique, le professionnalisme, l'attitude et le talent. Ils ont rempli toutes les promesses. C'est pour cette raison que le quatuor a été le plus grand groupe des années 70. Encore aujourd'hui, les gens continuent à les écouter et à apprécier leur musique.








no.4
Are You Experienced? (1967)
Jimi Hendrix

Reprise CD 6261

Quand on regarde les titres qui composent ce premier effort studio de Jimi Hendrix, on pourrait facilement croire qu'il s'agit d'un album compilation du genre Best Of ou Greatest Hits , tant le disque regorge de succès et de classiques. La sortie de ce disque allait révolutionner la musique et l'approche de la guitare pour des générations à venir.

Pour son premier album, Hendrix en met plein la vue. Jimi s'amuse beaucoup et ça paraît. Ses prouesses techniques vont en ébahir plus d'un et même, en décourager certains. Ce fut le cas de Pete Townshend des Who et d'Eric Clapton qui se voyaient déjà au chômage tellement les talents de Hendrix étaient éblouissants par rapport aux leurs. Non pas que ces derniers étaient des deux de pique. Seulement que des musiciens comme Hendrix on en voit apparaître à peu près un à tous les siècles.

Are You Experienced? restera à jamais l'album de Hendrix le plus spectaculaire, bien que les trois autres qu'il sortit de son vivant sont tous considérés comme des chefs-d'oeuvre.

Des titres? Hey Joe , Foxey Lady , Fire , The Wind Cries Mary et Manic Depression ...

Dès les premières notes de Purple Haze (qui ouvre l'album), l'auditeur est accroché. Hendrix nous convie à un véritable feu d'artifice sonore. Hendrix réinvente le rock et nous avons le choix ou non de prendre le train en marche.

Malgré toutes ses prouesses pyrotechniques, il est à peu près impossible de passer à côté de son incroyable talent de parolier. Hendrix est aussi doué que Bob Dylan de ce côté-là. De plus, son sens de l'humour est assez exceptionnel. Des pièces comme Third Stone From The Sun ou Fire captivent l'auditeur par leur côté joyeusement absurde et cynique. Jimi ne se prend pas au sérieux contrairement au reste du monde qui est obnubilé par ce qu'il peut faire.

La seule chanson sérieuse de l'album est May This Be Love . Même aujourd'hui cette chanson sonne très contemporaine. C'est là où on peut apprécier le côté intemporel de cet artiste. La mélodie y est extraordinaire et très touchante.

La pièce qui donne son titre à l'album, Are You Experienced?, impressionne par ses innovations. L'utilisation de bandes passées à l'envers donne un côté irréel à l'ensemble. L'idée avait été lancée quelques mois auparavant par les Beatles mais Hendrix a poussé le tout plus loin en s'en servant comme base rythmique. Le débit lent de la voix de Hendrix rehausse le côté psychédélique de ce chef-d'oeuvre. Cette pièce vient clore ce premier album de l'artiste le plus spectaculaire du siècle.

En trois ans, Hendrix a plus fait pour la musique qu'aucun autre de ses contemporains l'ont fait en une vie entière. On peut facilement comparer et sans aucune gêne Hendrix à des génies comme Mozart ou Beethoven. Sans les Beatles ou Hendrix, la musique ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.








no.5
Thick As a Brick (1972)
Jethro Tull
Chrysalis CHM-41003

En 1972, cet album atteignit la première position du palmarès Billboard. Pas si mal pour un album qui ne contenait qu'une seule pièce qui durait près de 45 minutes! Ian Anderson nous présentait là son projet le plus grandiose. Il s'agissait du cinquième album de Jethro Tull. Le disque précédent, Aqualung , avait remporté un succès monstrueux et était déjà considéré comme un classique du rock. Il aurait été facile pour Anderson de s'asseoir et de préparer un Aqualung II . Au lieu de cela, le chanteur de Jethro Tull a pris un énorme risque et nous a offert l'album Thick As A Brick .

Présenté comme étant l'oeuvre d'un enfant de huit ans (ce qui n'était qu'une blague de la part d'Anderson), l'album va faire longtemps les délices des amateurs de rock progressif. La pochette magnifique nous présentait l'album sous la forme d'un journal d'une petite municipalité anglaise. La pièce, conçue d'après un poème scabreux, comporte plusieurs parties, tout comme s'il s'agissait d'une douzaine de chansons différentes les unes des autres, ayant en commun le même thème.

On passe de la balade acoustique aux influences celtiques, au hard rock puissant aux sonorités qui font très début des années 70. L 'expérience auditive est à peu près indescriptible. il faut vraiment se tremper dans l'écoute de ce disque afin de se faire une bonne idée de ce chef-d'oeuvre.

Jamais ennuyant, cet album restera à jamais celui que je préfère. À l'époque où je jouais avec la formation The Living Room, cette pièce était celle que j'adorais le plus jouer en spectacle. Trois quarts d'heure de pur bonheur. Vraiment un disque à découvrir...








no.6
Quadrophenia (1973)
The Who
MCAD2-11463

Quadrophenia était le deuxième projet ambitieux d'opéra rock de Pete Townshend. Quatre ans auparavant, les Who avaient popularisé le style avec Tommy qui s'était avéré être un des plus grands albums de rock de tous les temps. Toutefois, cette fois-ci, les Who se surpassaient.

Sur beaucoup de points, Quadrophenia est bien meilleur que Tommy. Bien que thématiquement plus compliqué que son prédécesseur, l'album recèle des trésors d'imagination musicale, particulièrement en ce qui a trait à l'utilisation des synthétiseurs qui était tout à fait révolutionnaire pour l'époque. L'orchestration de Quadrophenia n'est rien de moins que magistrale.

Sur cet album, les Who délaissent le côté surréaliste qui prévalait sur Tommy, pour aborder un thème plus social. Les Who retournent à leurs racines mod et nous racontent l'histoire d'un jeune homme qui est tout sauf sympathique. Il passe ses fins de semaine à Brighton avec les autres mods à flâner et à se battre avec des rockers sur les plages. Il n'était pas rare au milieu des années 60 de voir 2000 jeunes se battre un peu partout dans cette station balnéaire. Souvent à leurs débuts, les Who se rendaient à Brighton pour jouer pour les mods qui leur vouaient un véritable culte (à la grande stupéfaction de Townshend et les autres d'ailleurs, puisqu'ils ne se sont jamais considérés ou affichés comme des mods ). Quadrophenia raconte cette époque troublée et incroyablement juvénile que personne n'a vraiment envie de revivre, sauf le jeune homme dont il est question sur l'album.

Le titre Quadrophenia fait référence à quatre traits de la personnalité de chacun des membre des Who qu'on retrouve dans celle du jeune homme révolté contre à peu près tout. The Real Me qui ouvre l'album est une des plus grandes pièces jamais écrite par Townshend. John Entwistle y est tout à fait brillant. Cette pièce n'est que l'indication de ce qu'on retrouve sur les 90 prochaines minutes : jamais de temps faibles, seulement de l'émerveillement à tout moment tout le long du disque. 5:15 , Doctor Jimmy , The Punk And The Godfather , Drowned et Bell Boy sont les pièces les plus marquantes de cet incontournable du rock.

Il faut toutefois attendre la dernière chanson pour apprécier le chef-d'oeuvre de l'album : Love Reign O'er Me . Cette pièce est sans contredit la plus touchante que les Who aient jamais enregistrée. La partie de synthétiseur y est extraordinaire et brillante, mais c'est l'interprétation de Roger Daltrey qui a fait de cette chanson une des plus belles de toute leur histoire. Les notes que Daltrey va chercher sont tout à fait stupéfiantes. Il faut toutefois dire qu'il s'agissait peut-être d'un cas exceptionnel parce que jamais par la suite il n'a pu reproduire en spectacle ce tour de force incroyable. Il s'y est approché souvent (comme lors du spectacle du Centre Molson de juillet 1997) mais n'y est jamais parvenu entièrement. Néanmoins, Daltrey venait prouver à ses détracteurs qu'il possédait une voix exceptionnelle.

Quadrophenia peut paraître moins accessible que Tommy pour certaines personnes à cause de sa complexité. Toutefois, il faut prendre le temps de découvrir ce disque qui reste pour moi le plus grand représentant du concept d'opéra rock.







no.7
The Beatles (The White Album) (1968)
The Beatles
EMI C2 46443

Après les aventures psychédéliques de Sgt. Pepper's et de Magical Mystery Tour , période riche en couleurs pour les Beatles, ce disque parut un peu fade à sa sortie en novembre 1968. Bien à tort d'ailleurs puisque jamais auparavant le groupe n'avait été aussi inspiré et polyvalent. Il faut dire que c'était en plein le temps d'enregistrer un album double puisque le groupe avait composé un grand nombre de chansons lors de leur séjour en Inde au début de l'année chez le Maharashi. Ce fut probablement le seul côté positif de ce voyage d'ailleurs. Les Beatles avaient un peu le moral à zéro quand ils se sont rendus à Rishikesh. Ils avaient été fortement éprouvés quelque temps auparavant par le décès de leur gérant et ami, Brian Epstein. Les quatre hommes se retrouvaient seuls pour la première fois pour diriger leur carrière. Leur premier geste fut de mettre sur pied l'organisation Apple afin de gérer leurs avoirs. Malheureusement pour eux, aucun des quatre garçons n'avait la bosse des affaires. Les Beatles se sont donc retrouvés rapidement avec des problèmes financiers importants. C'est dans ces conditions que fut enregistré l' Album blanc .

Avec ce disque, le quatuor voulait montrer sa grande diversité musicale. On retrouve de tout sur cet album : des chansons acoustiques, du rock aux limites du métal, du blues, des ballades et du country. C'est cette variété qui fait d'ailleurs la richesse de l'album. Toutefois, c'est cette même variété qui a tant déplu à certaines personnes. 

Il faut ajouter que c'est à ce moment-là aussi que chacun des musiciens avait commencé à prendre ses distances vis-à-vis des autres. Sur l'Album blanc, chaque Beatle agit comme s'il enregistrait en solo et que les trois autres étaient seulement ses accompagnateurs. Cette atmosphère n'était évidemment pas idéale pour enregistrer. Néanmoins, elle a contribuée à ce que le groupe nous offre un des plus grands albums de la fin des années 60.

L' Album blanc renferme des titres incontournables comme : Helter Skelter , While My Guitar Gently Weeps , Blackbird , Birthday , Yer Blues , Cry Baby Cry , Mother Nature's Son , Back In The U.S.S.R . et Dear Prudence . Évidemment le disque renferme aussi des trucs aussi insipides que Ob-La-Di, Ob-La-Da (probablement la pire chanson jamais enregistrée par le Fab Four) et aussi une expérience sonore discutable ( Revolution 9 ), mais l'ensemble demeure trop intéressant pour qu'on fasse grand cas de ces quelques faux pas.

Comme tous les disques précédents des Beatles, l' Album blanc remporta beaucoup de succès. Avec le recul, il faut avouer que cet album (pourtant accueilli avec réserve en 68) demeure certes une de leurs plus brillantes réalisations.








no.8
A Night At The Opera (1975)
Queen
Hollywood Records HR6 1065-2

A Night At The Opera fut un des albums les plus dispendieux à avoir jamais été enregistré. Quand on entend le résultat, on comprend vite pourquoi. Les membres du quatuor ont littéralement passé des mois à peaufiner cet album qui se voulait destiné à faire éclater véritablement Queen sur la scène mondiale.

Les critiques avaient été acerbes pour les trois premiers albums du groupe britannique. Les scribes ne voyaient en eux que des petits clones de Led Zeppelin dénués de talent et d'originalité qui s'évertuaient à enregistrer des albums de hard rock fades. Après A Night At The Opera , plus aucun critique n'eut la témérité ou la bêtise de comparer Queen à quiconque. Le disque, fortement influencé par l'époque victorienne, brillait par son atmosphère majestueuse mais un côté néanmoins bon enfant. L'humour y est présent d'un bout à l'autre. Aucun synthétiseur ne fût utilisé pour l'enregistrement. 

Seuls des instruments qui sont traditionnellement associé au rock (c'est-à-dire : batterie, basse, guitare et piano) servirent à la construction du disque. C'est sûrement à cause de cela que l'album est aussi remarquable. Par moment on croit entendre des trompettes ou autres cuivres, alors que le tout est recréé par la seule guitare de Brian May qui s'amuse comme un fou avec les différentes tonalités de son instrument. Et c'est d'ailleurs là que réside le génie de May : un son d'une originalité jamais entendue avant et depuis dans l'histoire du Rock. A Night At The Opera est essentiel à la collection de disques de tout guitariste sérieux. Mais il n'y a pas seulement que les guitaristes qui devraient avoir une copie de ce disque. Les prouesses vocales sont tout aussi incontournables pour tout chanteur ou chanteuse digne de ce nom. Freddie Mercury brille tout autant que May sur l'album. On peut aisément dire que Mercury fut un des plus grands chanteurs rock du 20 ième siècle. Tout le long de l'album, il nous déconcerte par son talent extraordinaire.

Le disque s'ouvre avec un rock au tempo lent : Death On Two Legs (Dedicated To...). Pour ceux qui se demandent qui peut bien être l'individu dont Mercury parle dans cette chanson (le fameux trois petits points!), il s'agit tout simplement de l'ancien agent du groupe qui ne devait définitivement pas être un type très recommandable. Pendant des années le groupe va inclure cette pièce sombre dans son répertoire de concert. Lazing On A Sunday Afternoon est une courte pièce de Mercury qui fait très music hall. Suit I'm In Love With My Car , composition très rock du batteur Roger Taylor qui en est également l'interprète. You're My Best Friend fut le premier succès de l'album. Cette chanson du bassiste John Deacon continue toujours de nos jours à jouer régulièrement à la radio. Les trois autres chansons qui constituent la face A du disque sont tout aussi agréables que ne l'a été l'album jusqu'ici.

Le côté B s'ouvre avec la pièce la plus étrange de l'album : The Prophet's Song . Cette chanson de May renferme une partie vocale au centre de la pièce qui va rester à jamais un des trucs les plus bizarroïdes jamais enregistrés. Un véritable cauchemar pour les mères d'ados du milieu des années 70. Les gars de Queen venaient de découvrir l'effet delay et ils s'amusaient avec les différentes possibilités offertes par ce gadget.

Love Of My Life est une des pièces qui fut les plus appréciées et demandées en concert par les fans de Queen dans les années 70. Il faut avouer avec le recul que cette ballade avait des qualités musicales certaines. Dans la pièce Good Company , Brian May réussit à recréer seul avec sa guitare et un ukulélé une authentique section de cuivres et d'instruments à vent. Musicalement, il s'agit d'un des moments forts du disque.

La pièce de résistance du disque arrive à la fin de l'album : Bohemian Rhapsody . À l'aide de plus d'une centaine d' overdubs , May, Mercury et Taylor réussissaient l'exploit de recréer à trois une chorale d'opéra au complet! Ce titre remporta un succès immédiat en Angleterre. Il resta neuf semaines à la première position du palmarès national. De plus, il demeure toujours quatrième plus grand vendeur de tous les temps de 45 tours en Grande-Bretagne. Visionnaires, les membres de Queen tournèrent ce qui est considéré aujourd'hui le premier vidéo-clip de l'histoire pour Bohemian Rhapsody . La sortie du film Wayne's World dans les années 90 a suscité à nouveau de l'intérêt pour cette pièce, une des plus belles réalisations de tous les temps, toute à l'image de cet album au grand complet.








no.9
Let It Bleed (1969)
The Rolling Stone
Abkco 80042

Entre 1966 et 1972, les Rolling Stones ont connu une période d'inspiration et de créativité intense. On peut considérer aujourd'hui que cette partie de leur carrière (de l'album Between The Buttons à Exile On Main Street ) a été la plus intéressante. Ils ont d'abord touché au psychédélisme avec Between The Buttons et Their Satanic Majesty's Request avant de retourner à leurs racines et au blues avec Beggar's Banquet .

Let It Bleed était le successeur de Beggar's . Ces deux disques furent enregistrés dans des conditions difficiles puisque le groupe se préparait à mettre à la porte Brian Jones, un des membres fondateur des Stones. Il était devenu impossible pour le groupe de continuer à travailler avec Jones qui avait un comportement singulier et déplaisant dû entre autres à ses problèmes de drogues grandissants. Parfois, Jones refusait même de donner des concerts avec eux. Sur les deux derniers albums des Stones, Jones ne jouait à peu près pas, laissant toute la place à Keith Richards qui nous offrait là son meilleur travail. Pour le huitième album des Stones, on fit appel à Mick Taylor, un guitariste exceptionnel qui avait auparavant joué avec John Mayall.

Le résultat fut Let It Bleed , un des albums les plus réussis des Stones. Même la pochette était particulière et donnait le goût aux gens d'acheter le disque. On pourrait passer rester longtemps à tenter de saisir le sens de la photo et ne pas être plus avancé qu'au début sur la signification de cet étrange plat.

Le disque contient certaines des chansons les plus connues des Stones comme : Gimme Shelter , Midnight Rambler , Monkey Man , la pièce titre et la magistrale You Can't Always Get What You Want qui termine l'album. Mais on y retrouve aussi des petits bijoux comme Live With Me et You Got The Silver , chantée par Keith Richards. Une fois de plus, il s'agissait d'un album aventureux pour les Rolling Stones qui mettaient à nouveau la main à la pâte afin de redéfinir le rock de la fin des années 60. Un des grands crus de 1969, année souvent considérée par les amateurs de musique comme la plus riche de l'histoire du rock.








no.10
Rocks (1976)
Aerosmith
Columbia CK 57363

Cet album extraordinaire est tout à fait à l'image de sa pochette : incroyablement noir et d'une dureté à toute épreuve. Après les trois albums précédents que Aerosmith nous avaient offerts, il ne fallait définitivement pas s'attendre à ce qu'ils se mettent soudainement à donner dans la dentelle. Toutefois, la puissance de Rocks secouait l'auditeur par sa brutalité.

Déjà immensément populaires à cause de leur album précédent, Toys In The Attic qui comprenait les succès Walk This Way et Sweet Emotion, le groupe de Boston récidivait avec leur meilleur galette à vie. Le disque tombait pile parce que jamais auparavant les goûts du public américain pour la musique agressive n'avaient été aussi exacerbés. Les jeunes, désillusionnés par l'échec de la contre-culture et par la disparition des valeurs des années 60, par l'incompréhension de la société envers eux et par la politique en général (lire ici le Watergate) avaient besoin de défoulement comme jamais. Le film Dazed And Confused (1993) de Richard Linklater rappelle d'ailleurs fort bien cette période hédoniste.

Des titres comme Rats In The Cellar , Combination , Last Child , Sick As A Dog , Lick And A Promise et Back In The Saddle parlent par eux-mêmes. Les chansons de Rocks apportaient à la jeunesse américaine cette dose de hard rock excessif qui faisait un peu défaut en 76. Parce que, curieusement, les groupes de hard rock n'étaient pas légion en Amérique au milieu des années 70. Seuls Aerosmith, Kiss, ZZ Top, Montrose et Ted Nugent représentaient ce courant musical. Et Aerosmith était le plus heavy de tous. Pas surprenant que pour les années 76 et 77 Aerosmith furent le groupe américain le plus populaire aux côtés de Kiss. Avec ce disque, les membres d'Aerosmith étaient considérés par la jeunesse comme de véritables héros.

Malheureusement, Rocks sera le dernier grand album de la décennie pour le groupe. Non pas que Draw The Line ou Night In The Ruts soient des navets. Absolument pas. Simplement qu'Aerosmith ne sont jamais arrivés à faire un album aussi fort par la suite. Les problèmes de drogues du groupe ont eu à peu près raison de la formation qui n'a vraiment réussi à se rétablir complètement qu'au milieu des années 80.








no.11
Alive! (1975)
Kiss
Casablanca NBLP 7020

Un des deux albums qui ont eu le plus d'influence sur la génération des guitaristes des années 80. Est-il besoin de le rappeler? Les années 80, au grand désarroi de la plupart des critiques de l'époque furent dominées en Amérique du nord par le hard rock et le heavy metal. Cette assertion ne plaît évidemment pas à tout le monde mais il faudrait être de bien mauvaise foi pour prétendre le contraire. Des groupes comme Iron Maiden, Metallica et Def Leppard ont fait la pluie et le beau temps tout le long de la décennie.

Combien de guitaristes, de bassistes ou de batteurs ont commencé à faire de la musique après avoir entendu Kiss Alive ? Probablement des millions. Pour tous ces jeunes, cet album fut leur premier contact avec la musique. Ils se mettaient soudainement tous à délaisser leurs comic books pour s'intéresser à ce groupe qui avait des allures de super héros dans le genre « Batman joue maintenant de la guitare ». L'allure stupéfiante du groupe est responsable de leur succès à 100 %. Toutefois, s'il n'y avait eu que cela et si le groupe avait joué une musique merdique et dénuée d'intérêt ils n'auraient pas fait long feu. C'est ce qui explique la longévité de Kiss contrairement à celle de groupes comme Wasp qui reprirent la même recette au milieu des années 80 (c'est ce qui explique entre autres que ces derniers se firent littéralement bombarder de canettes de bière et d'objets divers tout le long de leur tournée avec Metallica en 1985 - notamment lors de leur premier spectacle au Spectrum de Montréal en janvier - spectacle qu'ils furent par ailleurs contraints d'écourter après quinze longues minutes de platitudes sonores).

Évidemment on retrouve beaucoup de clichés sur Alive II, mais l'énergie et l'honnêteté avec lesquelles les chansons sont jouées nous font vite oublier ce détail. Alive! ne renferme que des classiques du heavy metal : Deuce , Hotter Than Hell , Firehouse , Parasite , She , Watchin' You , 100 000 Years , Black Diamond , Cold Gin et le méga succès Rock & Roll All Nite . Une génération complète de musiciens vont apprendre par coeur toutes ces pièces afin d'essayer plus tard de se peaufiner un style personnel.

Après l'échec de leurs trois premiers albums studio (qui n'avaient connu qu'un succès relatif), Kiss eut l'intelligence et le flair de sortir un album qui nous les montrait à leur meilleur, c'est-à-dire sur scène. Alive! connut un succès fou en 1975. Le groupe était désormais au sommet avec les autres étoiles du moment. En un peu moins d'un an la formation de New York devint une des plus grosses attractions musicales de la planète. 








no.12
Welcome To My Nightmare (1975)
Alice Cooper
Atlantic A2 19157

Après l'album Muscle Of Love et beaucoup de succès, Alice Cooper décidait de mettre définitivement fin à son association avec les musiciens qui l'accompagnait depuis les débuts. Les musiciens de Cooper avaient pourtant grandement contribué à son succès puisqu'ils avaient écrit avec lui tout le matériel qui l'avait rendu célèbre. Des pièces comme School's Out , No More Mr. Nice Guy et Elected avaient fait d'Alice Cooper une des figures dominantes du rock du début des années 70. C 'est dire à quel point le geste de Cooper était risqué pour sa carrière. Pourtant, il s'avéra assez judicieux...

Pour son premier album solo, Alice s'est entouré des musiciens de Lou Reed qui avaient participé à l'album Rock And Roll Animal : Dick Wagner et Steve Hunter à la guitare, Prakash John à la basse, Jozef Chirowski aux claviers et Johnny Badanjek à la batterie. Le résultat a été le surprenant Welcome To My Nightmare . Pour la première fois, Cooper jouait à fond le rôle d'un suppôt de Satan en adoptant un concept digne des plus grands films d'horreur de série B. Cette image lui allait à la perfection et elle a défini sa personnalité pendant des années. Ce faisant Alice a choqué et scandalisé profondément les bien pensants. Les jeunes, eux, ont adoré cette mascarade que personne ne pouvait prendre au sérieux (comment peut-on prendre au sérieux une pièce avec un titre comme Devil's Food?) sauf quelques parents et prédicateurs rétrogrades qui ont contribué à faire une publicité gratuite à Alice dont il a nourri littéralement sa carrière. Question d'aller à fond dans son concept Alice est allé jusqu'à chercher l'acteur de films d'horreur mondialement connu, Vincent Price, afin de réciter un petit texte des plus morbides au milieu de la pièce The Black Widow .

Musicalement, il s'agit de l'album le plus réussi d'Alice. Chacune des onze pièces de l'album est un classique. De Welcome To My Nightmare à Escape , en passant par The Black Widow , Steven et Only Women Bleed, le disque défile sans jamais laisser le temps à l'auditeur de s'ennuyer.

Le moment le plus fort du disque demeure à mon humble avis les pièces Years Ago et Steven qui sont les plus marquées par la démarche macabre d'Alice. On a quasiment affaire ici à du rock progressif. Le climat est très théâtral et oppressant. 

Malheureusement pour Alice (et un peu comme pour Aerosmith), il s'agit de son dernier grand album de la décennie. Par la suite ses problèmes avec l'alcool sont relativement venus contribuer à ralentir sa carrière qui avait pourtant pris un essor monstrueux avec le succès de School's Out . Alice s'est perdu musicalement à la fin des années 70 en enregistrant des ballades insipides comme You And Me et des trucs nunuches comme We're All Clones . Pire encore, Cooper a délaissé le hard rock pour toucher à des genres musicaux éphémères comme la new wave . Des mauvaises décisions qui ont nuit considérablement à sa carrière, au profit de groupes comme Kiss et Van Halen qui, pendant ce temps-là, ont continué à donner aux jeunes une dose de hard rock dont ils raffolaient tant et que Cooper ne leur donnait plus. Heureusement pour lui, Cooper est revenu au bon vieux rock pur et dur dans les années 80 et s'est rétabli avec une partie de son public d'antan.








no.13
Fragile (1971)
Yes
Atlantic SD 7211

L'arrivée des vidéo-clips a grandement contribué à faire disparaître l'aura de mysticisme dont le rock était entouré dans les années 60 et 70. Je suis heureux d'être né au milieu des années 60 et d'avoir grandi à l'époque où les stations comme MTV ou Musique Plus n'existaient pas. Le rock avait ce côté mystérieux qu'il n'a plus aujourd'hui. Au début des années 70 les pochettes d'albums étaient tout à fait hallucinantes et étaient de véritables œuvres d'art qui vous permettaient de rêvasser pendant des heures sans l'apport d'aucune drogue. 

Yes était un des ces groupes dont la musique permettait de rêver et de se retrouver dans un autre monde. Évidemment, le sens des paroles était incompréhensible (je me demande même si Jon Anderson avait une idée de ce qu'il racontait), mais elles contribuaient à rendre encore plus mystérieuse cette musique complexe qui avait un côté mélodique extraordinaire. La musique était certes compliquée, mais il s'en dégageait une fraîcheur et un enthousiasme qui ne laissait personne indifférent. Ça peut paraître incroyable aujourd'hui, mais cet album très anti-commercial (il contient trois chansons qui font plus de huit minutes!) a obtenu un succès colossal à sa sortie en 1972. Le succès du disque était surtout dû à la présence de la pièce Roundabout , une des chansons les plus connues et les plus appréciées des années 70. Mais ça ne s'arrête pas là. On retrouve aussi sur le disque des classiques comme Long Distance Runaround , Mood For A Day et Heart Of The Sunrise . Plein de bonnes raisons pour se procurer cet album quoi!

Évidemment, la musique progressive n'est pas appréciée de tous. Les détracteurs de ce genre musical sont légions. On la trouve froide et prétentieuse. Par contre, il est très curieux de voir souvent ces mêmes personnes s'ébahir sur la musique d'artistes tels Björk dont la musique est carrément frigorifique. La musique est question de goûts. Si vous êtes totalement hostile au rock progressif, il serait surprenant que vous appréciez Fragile. Toutefois, si vous avez envie de vous procurer un disque de rock progressif afin de vous familiariser avec le genre, c'est cet album que je vous conseillerais. Yes est un des groupes les plus accessibles du genre avec Supertramp et Pink Floyd. Et puis, seulement que pour Roundabout , l'achat en vaut le coût...








no.14
The Allman Brothers Band At Fillmore East (1971)
The Allman Brothers Band
Polydor 823 273-2

Le Allman Bros Band fut un des groupes américains les plus influents du début des années 70. Leur blues-rock assaisonné d'influences country a fait école. Ils furent à l'origine de ce qu'on a par la suite appelé le mouvement Southern rock qui a engendré une vague de groupes issus des états sudistes dont les plus illustres représentants furent sans doute Lynyrd Skynyrd.

Ce sont surtout les guitares jumelles de Duane Allman et Dicky Betts qui étaient le point fort du groupe. Les harmonies de guitares étaient, et sont encore stupéfiantes. Le jeu de guitare du duo a influencé des centaines de groupes qui ont adapté leur jeu à des genres musicaux différents. Des groupes comme Judas Priest par exemple leur doivent beaucoup.

Il faut dire que Duane Allman au départ n'était pas n'importe qui. Il fut un des guitariste de studio les plus en demande à la fin des années 60 aux États-Unis. Il a d'ailleurs enregistré l'album Layla en compagnie d'Eric Clapton en 1970. il était surtout reconnu pour son jeu extraordinaire à la guitare slide . Son frère Gregg lui, avait une voix tout à fait exceptionnelle pour le blues, en plus d'être un claviériste et un compositeur hors pairs. De plus, le groupe avait une section rythmique constituée de deux batteries, ce qui était révolutionnaire à l'époque.

La formation de Macon (Géorgie) était reconnue pour ses longues improvisations en spectacle, ce qui rendait chaque concert unique. C'est un peu pour cela que le groupe enregistra At Fillmore East après deux premiers albums studio qui étaient pourtant très réussis. Ce fut une sage décision puisque Fillmore leur apporta la gloire et la fortune. Le blues aux relents psychédéliques des Allman fit merveille et l'album se retrouva au sommet des palmarès américains. Des pièces comme Hot ‘Lanta , In Memory Of Elizabeth Reed , Stormy Monday (de T. Bone Walker) et Whipping Post devinrent des classiques instantanés.

Malheureusement pour le groupe, Duane Allman périt dans un accident de moto l'année suivante, hypothéquant de façon grave l'avenir du groupe. Le disque suivant, Eat A Peach , fut néanmoins très bon et il se vendit aussi fort bien, mais la suite fut moins glorieuse pour le groupe qui connut plus de bas que de hauts pour le reste des années 70.

The Allman Bros Live At The Fillmore East demeure une des plus grandes oeuvres du rock du début des années 70, une oeuvre qui a exercé une influence majeure sur le blues et le rock du reste de la décennie et sur la suivante. Un génie comme Stevie Ray Vaughan l'a sûrement beaucoup écouté...








no.15
Led Zeppelin IV (1971)
Led Zeppelin
Atlantic 19129

Au moment de la sortie de leur quatrième album, Led Zeppelin était arrivé à complète maturité musicale. Le groupe avait jeté les bases du heavy metal avec leur deux premiers albums et expérimenté le folk avec un troisième album plus acoustique et léger. Led Zeppelin IV faisait la synthèse de ces styles musicaux.

On retrouve sur l'album des trucs lourds comme Black Dog, Misty Mountain Hop et When The Levee Breaks , ainsi que des pièces de folk anglais rural de type celtique comme The Battle Of Evermore et Going To California . Le quatuor en profite également pour faire un clin d'oeil à leurs racines avec la chanson Rock and Roll . Évidemment, la pièce de résistance du disque demeure Stairway To Heaven , une des chansons les plus connues et appréciées de l'histoire du rock. Bien sûr, la tendance actuelle consiste à vomir sur cette chanson et à la considérer comme kétaine, réaction normale après la surexposition dont elle a été victime à la radio (chanson la plus jouée de tous les temps). Évidemment cette surexposition a provoqué une écoeurantïte aiguë chez les mélomanes. C'est malheureux car les qualités de cette pièce sont tellement exceptionnelles qu'il serait idiot de s'en priver et de la mépriser comme certains le font. Le célèbre chef d'orchestre Leonard Bernstein a déjà lui-même déclaré cette pièce comme était musicalement parfaite. Si Bernstein, un des plus grands musiciens du siècle, a porté un tel jugement c'est sûrement que cette chanson a quelque chose de remarquable.

Sans jamais être compliquée, Stairway To Heaven est construite d'une façon impeccable. Il s'agit du meilleur exemple de pièce progressive. Elle débute sur une séquence douce pour lentement se muer à la fin en rock des plus heavy avec un solo de guitare mémorable. Les paroles de Stairway, tout comme celles que l'on retrouve sur le reste de l'album sont empreintes de mysticisme et d'occultisme. Même l'intérieur de la pochette reflète l'intérêt de Page pour la magie noire. Autre fait particulier, on ne retrouve pas le nom du groupe nulle part sur la pochette originale, pas plus que le titre d'ailleurs.

En outre, Led Zeppelin IV était truffé d'innovations technologiques. À l'époque où il fut enregistré, les gadgets numériques n'existaient pas. Tous les effets devaient être créés dans le studio à partir d'à peu près rien. La sonorité des studios y était pour beaucoup dans le choix des musiciens d'un site d'enregistrement par rapport à un autre. Par exemple, le studio d'Abbey Road n'avait pas la même sonorité que celui d'Electric Ladyland. Le degré de réverbération des studios y était pour beaucoup dans le résultat final des enregistrements. Led Zeppelin IV fut enregistré dans un château dans la campagne anglaise et il y régnait apparemment une atmosphère singulière. Pour donner une réverbération particulière à la batterie de John Bonham pendant When The Levee Breaks, Page a décidé d'enregistrer la batterie dans la hall d'entrée du chàteau et fait installer des micros un peu partout, allant même jusqu'à en mettre dans la cage de l'escalier et à l'étage supérieur. Aujourd'hui, pour obtenir le même résultat, on n'aurait qu'à tourner quelques boutons et le tout serait fait en cinq minutes. Mais au début des années 70 il s'agissait d'un véritable tour de force.

Page s'amuse en studio tout le long de l'album et essaie de nouvelles choses. Au début de Black Dog il branche sa guitare sur un haut-parleur rotatif Leslie afin d'obtenir le son étrange qui introduit la chanson. Ce sont ces petits détails qui font de Led Zeppelin IV un album aussi intéressant et original.

C'est un disque que je conseille particulièrement aux néophytes qui ne connaissent pas Led Zeppelin. Vous ne serez pas seuls à en posséder une copie puisqu'on estimait en 1996 que 16 millions de personnes dans le monde en avait une en sa possession, ce qui en fait un des albums de rock les plus vendus de tous les temps...








no.16
Strange Days (1967)
The Doors
Electra CD 74014

Il est évident aujourd'hui que Jim Morrison a contribué à rendre le rock intelligent et à en faire une forme d'art légitime. Avant que les Doors ne débarquent en 1967, le rock était très peu cérébral. Les textes étaient insipides et ne parlaient que de relations amoureuses superficielles entre les garçons et les filles. Le rock était incroyablement juvénile, ne s'adressant qu'à un public d'enfants et d'adolescents. Morrison va lui donner une nouvelle orientation théâtrale avec sa poésie noire, inspirée par les drogues et les philosophes du 20ème siècle comme Aldous Huxley et des écrivains comme Antonin Artaud.

Le premier album éponyme des Doors, sorti au début de 67, avait été un énorme succès. Ceci était surtout dû à la présence sur le disque de la chanson Light My Fire, une composition du guitariste Robbie Krieger. Le 45 tours se rendit jusqu'à la première position des palmarès américains, ce qui leur assura une participation au Ed Sullivan Show. Avec autant de visibilité, le groupe avait de bonnes chances que leur deuxième album ne passe pas inaperçu, surtout avec une personnalité aussi forte que Morrison à la barre du groupe.

Le groupe avait déjà commencé à développer leur imagerie singulière sur le premier disque (notamment avec la chanson The End, un long poème œdipien qui fit scandale à sa sortie), mais il explosa littéralement avec le deuxième. Strange Days reprenait un peu le concept du disque éponyme, mais en mieux. L'album regorge littéralement de classiques : Love Me Two Times, People Are Strange, Moonlight Drive, You're Lost Little Girl, Strange Days et, surtout, When The Music's Over, que le guitariste Robbie Krieger continue à considérer comme la pièce maîtresse du groupe.

La production de l'album est impeccable. On dirait que l'album a été enregistré l'année dernière tellement le son est actuel. Côté musical, comme pour tous les albums des Doors, l'ensemble est solide. La voix de Morrison y est puissante et excellente d'un bout à l'autre, contrairement aux albums qui suivront par la suite.

Strange Days est l'album des Doors à se procurer parce qu'il nous montre le groupe à son apogée. Un groupe de rock incontournable du vingtième siècle.








no.17
Tommy (1969)
The Who
MCA CMCAD2 10005-552513T

Comme je le mentionnais auparavant, Tommy fut le premier opéra rock vraiment connu de tous les temps ( S.F. Sorrow des Pretty Things a l'honneur d'avoir été le premier vrai opéra rock et d'avoir inspiré Pete Townshend pour le sien). Avec cet album The Who sont devenus des superstars planétaire dont la fortune était assurée. Heureusement d'ailleurs puisque cet album double est venu littéralement sauver le groupe de la faillite car ils avaient la manie de détruire tous leurs instruments et équipement de scène à chacun de leurs spectacles et cela depuis leurs débuts. Inutile de dire que cette pratique leur avait coûté extrêmement cher, au point où ils étaient presque ruinés à la fin des années 60 malgré une très bonne notoriété et des chiffres de vente très honorables. Tommy n'obtint pas un succès immédiat à sa sortie, mais il se mit à vendre de plus en plus au cours des mois et des années qui suivirent, au point de devenir un des plus grands vendeurs de l'histoire du rock.

Tommy raconte l'histoire d'un jeune garçon sourd, muet et aveugle qui est champion de pinball… Inutile de dire qu'il s'agissait d'un concept très surréaliste. Tout le long de l'album, Tommy rencontre divers personnages : le méchant cousin Kevin, une prostituée surnommée l' Acid Queen , le vieil oncle Ernie qui abuse de lui et Sally Simpson, une riche groupie qui est défigurée par des fans de Tommy en délire. Évidemment le récit est difficile à suivre et la finale tout à fait incompréhensible (après avoir fondé une secte, les disciples de Tommy se révoltent contre lui et détruisent son camp de vacances!!!). Néanmoins, si l'histoire de Tommy est difficile à comprendre, il en est tout autrement de la musique qui est très accessible. Pas besoin d'être un mélomane érudit pour pouvoir apprécier cet opéra rock. Le nombre de classiques des Who qu'on retrouve sur Tommy est là pour en témoigner : Pinball Wizard , I'm Free , The Acid Queen et We're Not Gonna Take It , qui reprend le fameux thème See Me, Feel Me à la fin de l'album.

Avec ces atouts, il n'est pas surprenant que Tommy ait toujours été un des albums préférés de la génération du Baby boom .








no.18
Paranoid (1970)
Black Sabbath
Warner W2 3104

Tout comme les deux premiers disques de Led Zeppelin, ceux de Black Sabbath sont venus établir les bases définitives du heavy metal . Tous les ingrédients étaient là : véritable mur de son monstrueux créé par le guitariste Tony Iommi, tempos à la fois lourds et lents de la section rythmique composée de Geezer Butler à la basse et de Bill Ward à la batterie, ainsi qu'une voix d'outre-tombe hurlée par un certain Ozzy Ozbourne. 

Le premier disque éponyme du quatuor, sorti en 1970, a remporté beaucoup de succès malgré les critiques qui se sont mis dès le départ à s'acharner sur le groupe (les critiques dans les années 70 détestaient à peu près unanimement tous les groupes de hard rock ou de métal). Néanmoins, le succès est arrivé relativement rapidement pour Black Sabbath. 

Ces quatre jeunes, maniaques de films d'horreur, avaient commencé par former ensemble un groupe de blues à la fin des années 60 appelé Earth . Cette formation n'est jamais allée loin et c'est ce qui a poussé Tony Iommi à se joindre à Jethro Tull pour un court séjour. Au début de 1969 Iommi est rentré au bercail et le quatre hommes ont décidé alors de se rebaptiser Black Sabbath.

En prenant ce nom ils savaient exactement ce à quoi ils s'exposaient. Mais l'idée de se démarquer des autres groupes qui chantaient la paix et l'amour en adoptant, eux, une image noire et satanique était trop tentante. Pendant des années ils ont eu à faire face à des prédicateurs hallucinés qui croyaient fermement que les quatre fils d'ouvriers anglais pauvres étaient des rejetons de Lucifer directement importés de l'enfer. On parlait même du groupe aux nouvelles du soir lorsqu'ils se produisaient dans différente ville américaines : «Ne vous rendez pas à ce spectacle. Mais, si vous le faites, ne les regardez surtout pas dans les yeux!» Personnellement, je me rappelle qu'au début des années 80 je me suis rendu au Colisée de Québec pour assister à un spectacle de Ozzy Ozbourne alors qu'une bande d'hurluberlus avaient passé le spectacle en entier dans le stationnement de l'amphithéâtre afin de prier pour nos âmes, à 30 degrés sous zéro! Pourtant, l'histoire a montré que les musiciens de Black Sabbath étaient pas mal plus intéressés à faire la fête avec leurs groupies qu'à courir tous nus à la pleine lune pour sacrifier des vierges…

Paranoid contient certains des plus grands classiques de Sabbath : War Pigs , Iron Man , Electric Funeral , Fairies Wear Boots et la chanson titre. Ce disque devrait obligatoirement faire partie de la collection de chaque amateur de métal puisqu'il définit parfaitement ce style de musique toujours incontournable de nos jours.








no.19
Sticky Fingers (1971)
The Rolling Stones
Virgin V2 7243 8 39525 2 6

Ce disque studio des Stones fut le premier à paraître sur leur propre étiquette, Rolling Stones Records. Sticky Fingers , qui représente une de leurs plus belles réussites discographique, faisait suite à Let It Bleed sorti deux ans plus tôt. Le climat relaxe de l'album et les paroles empreintes de volutes de fumées interdites ont tout de suite séduit les fans du groupe. Mick Jagger faisait constamment référence à la drogue dans ses textes ( Sister Morphine , Brown Sugar ), ce qui donnait à penser que tout l'entourage des Stones était constitué de junkies.

Néanmoins, malgré ce message d'une moralité douteuse, Sticky Fingers est à classer parmi les meilleurs albums du genre. On y retrouve des classiques comme Bitch , You Gotta Move , Can't You Hear Me Knocking , Wild Horses et, bien sûr, Brown Sugar . Tout comme sur les deux derniers albums, les influences sur Sticky Fingers sont diverses : blues, country, folk et rock pur à 100%. Ce qui est exceptionnel avec les Stones, c'est qu'ils se servent de ces influences afin de se concocter un style personnel tout à fait unique. Ce fut probablement la force des Stones qui essayaient toujours de faire évoluer leur musique en allant puiser à d'autres sources

L'année suivante, les Stones sortirent Exile On Main Street qui était un peu un retour aux sources pour eux. Bien que l'album fut excellent, il n'avait pas le même aspect expérimental que ses prédécesseurs avaient. Sticky Fingers fut véritablement le dernier album audacieux des Stones.








no.20
The Lamb Lies Down On Broadway (1973)
Genesis
Atco 2SDS 401 C

Disons-le d'emblée, les quatre premiers albums de Genesis ( Trespass , Nursery Cryme , Foxtrot et Selling England By The Pound ) sont tous des chefs-d'œuvre. Il est difficile de contredire ce fait. Néanmoins, The Lamb Lies Down On Broadway est l'album le plus travaillé et le plus élaboré de toute leur carrière. Il s'agissait du premier album concept pour cette formation britannique, une des plus importantes du mouvement progressif. Concept par ailleurs fort compliqué. Si le concept de Tommy des Who était difficile à saisir, celui de The Lamb est à peu près insaisissable.

On peut passer des heures à essayer de décortiquer le sens du texte imprimé à l'intérieur de la pochette et n'être pas plus avancé à la fin qu'on ne l'était au début. Sur cet ambitieux album double, on retrouve des incontournables de Genesis comme Back In New York City , The Carper Crawlers , In The Cage et Cuckoo Cocoon . Le disque est conçu sans temps morts, les pièces s'enchaînant presque toutes les unes à la suite des autres. Musicalement, le disque est un peu moins facile d'approche que les quatre premiers albums du groupe parce qu'on dirait qu'on a affaire à une longue pièce qui fait les quatre côtés du disque tellement l'ensemble est indissociable. C'est cet aspect qui rebute certaines personnes à The Lamb . Néanmoins, si on réussit à passer par dessus ce détail, l'écoute de ce disque s'avérera être une véritable jouissance pour les oreilles.

The Lamb a été le dernier album que Genesis a enregistré avec Peter Gabriel qui a entrepris par la suite une carrière solo. La musique du groupe a changé énormément après le départ de Gabriel. Phil Collins a remplaçé Gabriel à la voix et le groupe a emprunté une orientation extrêmement commerciale qui n'avait plus rien à voir avec leurs premiers efforts discographiques (bien que les disques Trick Of The Tail , Wind And Wuthering et And Then There Were Three sont tout de même assez bons). Le virage commercial de Genesis a poussé Steve Hackett à quitter le groupe à son tour à la fin des années 70. Le succès a été définitevement au rendez-vous pour Genesis dans les années 80, mais les fans de la première heure les avaient désertés depuis bien longtemps à ce moment-là.








no.21
Crime Of The Century (1974)
Supertramp
A & M CCD-3647

Quel amateur de rock au Québec dans les années 70 ne possédait pas une copie de cet album? Sûrement pas beaucoup. On avait l'impression que tout le monde et son chien possédait un exemplaire de Crime Of The Century et de First Base de Babe Ruth. Quand on écoute l'album pour la première fois on comprend le pourquoi d'un tel succès.

Crime était le troisième album de Supertramp. Beaucoup de gens pourtant pensaient qu'il s'agissait du premier disque du groupe britannique tellement les deux premiers étaient passés inaperçus (malheureusement d'ailleurs puisque le premier album éponyme était plutôt intéressant). Crime Of The Century renfermait entre autres le succès School qui a fait danser une génération au complet de Québécois. La pièce, qui commence avec une partie d'harmonica qui rappelle le film « Il était une fois dans l'Ouest » de Sergio Leone, a une mélodie irrésistible.

C'est d'ailleurs ce qui a fait le succès de Supertramp : des airs accrocheurs, de la musique de qualité très accessible, remplie d'imagination et d'humour, sans jamais tomber dans la dérision ou la prétention. L'album contient des pièces comme Bloody Well Right , Hide in Your Shell , Dreamer , Rudy et If Everyone Was Listening. Seulement des classiques. Quoi de mieux pour vendre un album? L'instrumentation est impeccable et les compositions parfaites.

C'est au Québec que Supertramp obtint pour la première fois la reconnaissance du public. Les québécois avaient le don à cette époque de découvrir en premier les talents de groupes qui sont devenus par la suite des mégastars. On n'a qu'à penser à Styx et à Gentle Giant. Au moment où Breakfast In America est sorti en 1979, Supertramp sont devenus de grandes vedettes en France et aux États-Unis. Toutefois, ils n'avaient pas oublié que c'était au Québec qu'ils avaient connu leurs premiers succès.








no.22
Pawn Hearts (1972)
Van Der Graaf Generator
Charisma CHC 54

De tous les groupes de rock progressif des années 70, c'est probablement Van Der Graaf Generator qui a fait la musique la moins accessible de toutes. Une musique complexe, étrange, noire, sépulcrale et absolument anti-commerciale. Souvent, il fallait écouter un album de Van Der Graaf Generator trois ou quatre fois avant de commencer à se familiariser avec lui. Toutefois, une fois que c'était chose faite, on devenait accroché à cet album pour le reste de sa vie.

Ma première expérience avec Pawn Hearts fut très différente puisque j'ai accroché dès la première écoute. Des albums comme Still Life ou Godbluff étaient excellents, mais ils étaient cependant plus difficiles à aborder que ce quatrième disque de la formation britannique. Il reste néanmoins que Pawn Hearts n'est pas pour tout le monde, bien que Van Der Graaf Generator aient connu beaucoup de succès au Québec dans les années 70. Ils faisaient le tour du Québec et remplissaient des arénas à chacun de leurs concerts. C'est donc dire qu'il y a un public pour la musique complexe.

Le chanteur guitariste Peter Hammill était le cerveau de la formation qui comprenait Hugh Banton à l'orgue et au piano, David Jackson au saxophone et Guy Evans à la batterie. Ils ont passablement influencé la new wave et la cold wave de la fin des années 70.

Pawn Hearts ne contient que trois longues pièces et une petite instrumentale de deux minutes. Le disque s'ouvre avec la pièce Lemmings (Including Cog). Tout de suite en partant on a une bonne idée de ce qui va suivre pour le reste de l'album. Un climat oppressant mais curieusement aérien. La partie de basse frappe en particulier par son étrangeté. Le saxophone de Jackson est bien en évidence tout le long de la pièce qui fait la moitié de la face un. Theme One , composée par l'ancien producteur des Beatles, George Martin, était sortie quelque temps auparavant en 45 tours. Il s'agit d'une petite pièce instrumentale très agréable. Man-Erg est un morceau qui passe tour à tour de la ballade douce à l'orgue et au piano, à la défonce rock la plus totale. La composition se termine par un crescendo magistral.

Sur la face deux, on ne retrouve qu'une seule pièce, A Plague Of The Lighthouse Keepers. Il s'agit ici du chef-d'œuvre de Van Der Graaf Generator. Un long morceau qui fait plus de 23 minutes. Il serait ici inutile de tenter de décrire cette pièce grandiose, puisqu'il faut vraiment l'entendre pour en saisir toute la majesté. Mentionnons seulement que A Plague se termine par un solo de guitare monumental de Robert Fripp de King Crimson. Juste pour ce moment-là, l'achat de Pawn Hearts en vaut amplement la peine.








no.23
Salisbury (1971)
Uriah Heep<
Castle ESMCD 317

La plupart du temps, les tentatives de fusion entre le rock et la musique classique se sont soldées par des échecs. Il y a eu peu de réussites dans le genre. Quand venait le temps de jumeler un orchestre symphonique avec une formation rock on obtenait soit des résultats ringards, soit un exercice prétentieux et ennuyant. Il y a bien eu les albums Days Of Future Passed des Moody Blues et In Concert With The Edmonton Symphony Orchestra de Procol Harum, mais il s'agissait vraiment d'exceptions. Autre exception, Salisbury, du groupe culte Uriah Heep. Nous avons ici affaire à une réussite totale de la part du quintette anglais.

C'était la première fois qu'on jumelait un groupe heavy à un orchestre de cuivres et d'instruments à vent de 22 musiciens. Le morceau fait plus de 16 minutes. Tous ceux à qui j'ai fait entendre cette pièce ont été frappés par la puissance de cette composition. Salisbury ne sonne absolument pas comme de la musique d'ascenseur. La pièce sonne plutôt comme une tonne de briques sur la tête. Il faut vraiment l'entendre pour se faire une idée des résultats auxquels Uriah Heep sont arrivés. Le solo de Wah-Wah de Mick Box est tout à fait hallucinant. Le groupe a vraiment fait sa marque pour la première fois avec ce morceau.

Toutefois, on ne retrouve pas seulement que cette pièce - qui occupe la face deux au complet - sur l'album. Le disque s'ouvre avec la très heavy Bird Of Prey qui risque certainement de vous décaper les oreilles dès le départ. Le riff de guitare est carrément dévastateur. Il s'agit certainement d'une des meilleures pièces du répertoire de Heep.

Par la suite, on retrouve The Park , une pièce douce qui nous permet de relaxer, ce qui est rare sur un disque de Uriah Heep. il s'agit d'une des chansons préférée de Ken Hensley, le claviériste et leader du groupe. Time To Live est un bon rock punché au tempo lent. Lady In Black , la chanson suivante, est devenue un des premiers succès de Uriah Heep. Il s'agit d'une balade dans le genre « guitare sur le bord d'un feu de camp ». Apparemment qu'on se sert de cette chanson dans des écoles allemandes afin d'enseigner l'anglais aux enfants. High Priestess est un autre petit rock bien conventionnel. Malheureusement il fait bien pitié comparativement au reste du disque.

Salisbury est sorti sous deux différentes pochettes. Celle que l'on peut admirer ci-dessus ornait la copie britannique. Il y a aussi des différences entre les copies vinyle des deux pays : on a remplacé Bird Of Prey sur le pressage nord-américain par la pièce Simon the Bullet Freak , beaucoup moins intéressante à mon avis. Je vous conseille donc fortement de vous procurer plutôt la version britannique du disque qui est bien meilleure.








no.24
In Rock (1970)
Deep Purple
Warner CD1877

À leurs débuts, Deep Purple faisaient un genre de pop musclée qui nous a donné des succès comme Hush et Kentucky Woman , une reprise d'un succès de Neil Diamond. À ce moment-là la musique de Purple faisait un peu penser à celle de Vanilla Fudge, mais en moins brutale. L'organiste Jon Lord était à la tête du groupe initialement. Par la suite ils s'essayèrent à la fusion de la musique classique et du rock. Cette tentative s'avéra un échec. L'album Concerto For Group And Orchestra fut un flop commercial. C'est à partir de là que le guitariste Ritchie Blackmore a pris les commandes du groupe. Deep Purple a alors amorcé un virage à 360 degrés et se sont lancés dans le heavy metal .

Le premier microsillon avec cette nouvelle orientation groupe a été In Rock . Cet album reste encore aujourd'hui un des plus réussis de Deep Purple, quoiqu'il n'a pas nécessairement été le plus populaire. Sur ce point, les disques Machine Head et Made In Japan le dépassent largement.

Il s'agit de leur ouvrage le plus égal, le plus achevé et le plus enthousiaste en carrière. On y retrouve entre autres les classiques Speed King , Flight Of The Rat , Hard Lovin' Man et, par dessus tout, Child In Time . Jamais on ne sent qu'une des chansons a été mise là afin de boucher un trou. L'ensemble est inspiré et respire la fraîcheur. On retrouve beaucoup de solos d'orgue et de guitare sur le disque, mais rien n'est déplacé ou ennuyeux. Même que souvent c'est le moment le plus attendu de chaque morceau. Il faut mentionner en passant que Ian Gillan avait toute une voix dans ce temps-là.

In Rock nous permet de faire un beau voyage dans le temps, à l'époque où le métal était encore jeune. Un beau moment.








no.25
Van Halen (1978)
Van Halen
Warner CD 3075

Bien qu'il soit sorti en 1978, cet album fut enregistré en 77. Il s'agit de l'album qui eut le plus d'impact sur la génération de guitaristes des années 80 avec Alive! de Kiss. En fait, Eddie Van Halen est le guitariste rock américain le plus influent depuis Jimi Hendrix.

Son style flamboyant, ses innovations techniques et la sonorité singulière et unique de sa guitare en ont fait la référence de tous les gratteux de guitare des années 80. À un moment donné au milieu des eighties , on retrouvait un petit clone d'Eddie dans à peu près tous les bars d'Amérique du nord. Sa technique du tapping a été reprise par à peu près tout le monde (trop en fait!) pendant la décennie suivante. Toutefois, Eddie n'en fut pas l'inventeur en réalité. Steve Hackett s'en servait déjà dans Genesis au début des années 70 bien avant que Van Halen n'arrive sur la scène. Le premier enregistrement de rock connu sur lequel on pouvait entendre du tapping fut la pièce Street Worm de l'album The 12 Dreams Of Doctor Sardonicus (1970) du groupe Spirit, dans lequel oeuvrait le guitariste Randy California (qui avait lui-même joué avec Jimi Hendrix). Néanmoins, tout ceci n'a aucune importance quand on écoute ce premier effort studio de Van Halen. La bonne humeur du groupe sur leur premier effort discographique est contagieuse. La fougue et la jeunesse du quatuor sont tout à fait irrésistibles.

La reprise de You Really Got Me des Kinks est absolument explosive. il s'agit peut-être du meilleur moment du disque (qui pourtant n'en manque pas!). Chacune des onze chansons de l'album est devenue un classique. On n'a qu'à penser à Running With The Devil , Ain't Talkin' ‘Bout Love , Jamie's Cryin' , Feel Your Love Tonight et On Fire . Un feu d'artifice permanent! La complicité qui existait entre David Lee Roth et Eddie Van Halen était réjouissante. La voix chaleureuse de Roth est un des éléments qui ont fait tant défaut à Van Halen après son départ du groupe.

Le premier disque de Van Halen a été le point de départ d'un grand groupe américain qui a laissé une marque indélébile sur la musique des années 80 et 90. Ils ont par la suite enregistré de bons albums, mais jamais ils n'ont pu recréer l'esprit de fête qui régnait sur celui-ci. Vraiment un achat à conseiller aux grands déprimés...








no.26
Rumours (1977)
Fleetwood Mac
Warner W2-3010

L'album de 1977. Il s'en vendit des millions d'exemplaires cette année-là, dont un million de copies écoulées au Canada seulement (du jamais vu à l'époque). Évidemment il faut apprécier le rock aux sonorités un peu plus pop pour aimer ce disque très léger, mais extrêmement bien fait.

À l'origine, Fleetwood Mac était un groupe britannique de blues dirigé par le guitariste Peter Green. En fait, Mick Fleetwood (batterie), John McVie (basse) et Peter Green ont décidé de fonder ce groupe en 1967 après qu'ils avoir quitté tous les trois les Bluesbreakers, le prestigieux groupe de John Mayall. La musique que faisait Fleetwood Mac à cette période n'avait absolument rien à voir avec celle de Rumours . Il s'agissait de blues tout ce qu'il y a de plus traditionnel. C'est après le départ de Green en 1970 que la musique du groupe a pris une orientation plus pop. C'est aussi à ce moment-là que Christine Perfect (ex-Chicken Shack) s'est joint au groupe. Dans les mois qui ont suivis, elle a épousé McVie et pris son nom. Le groupe a galéré pendant plusieurs années, produisant régulièrement des albums moyens qui n'ont rien fait pour relancer leur carrière. Tout a changé le jour où les américains Lindsay Buckingham (guitare) et sa compagne Stevie Nicks (chant) se sont joints au groupe. Avec les deux nouveaux venus ils ont enregistré un album éponyme qui a connu beaucoup de succès, notamment grâce à la chanson Rhiannon de Nicks. À partir de là, tout s'est mis à rouler, l'argent rentrant à flots dans les coffres du groupe.

Toutefois, au moment de d'entreprendre l'enregistrement du disque suivant, les choses étaient loin d'être roses à l'intérieur du quintet. Les deux couples du groupe (McVie-Perfect et Buckingham-Nicks) se préparaient à rompre. Difficile de travailler et d'enregistrer un album quand le divorce est dans l'air.

D'une façon surprenante, ces événements qui auraient dû avoir des effets néfastes sur le groupe eurent tout l'effet contraire. Ils stimulèrent l'inspiration des musiciens qui pondirent un album exceptionnellement sophistiqué et intéressant. De plus, nous retrouvions pas moins de quatre 45 tours à succès sur cet album. Des titres comme Dreams , Don't Stop , Go Your Own Way , The Chain et You Make Loving Fun sont tout à fait remarquables.

Cet album incroyablement bien fait a certainement marqué les musiciens de la fin des années 70, puisque la tendance générale après ce succès fut de se diriger vers un son plus léger. Cependant, aucun des albums de cette période n'arriva à égaler Rumours .








no.27
Frampton comes Alive (1976)
Peter Frampton
A & M CD 506505

Si Rumours a été l'album de 1977, le double album Frampton Comes Alive a été celui de 1976. La popularité de Frampton cette année-là était incroyable; des millions d'albums écoulés partout dans le monde, ce qui en a fait à l'époque le disque le plus vendu de tous les temps; des concerts à guichets fermés dans des stades immenses; des fans enthousiastes qui appelaient chaque soir les stations de radio afin d'entendre Do You Feel Like We Do , une pièce qui fait presque 15 minutes! Pas si mal pour un type à peu près inconnu l'année précédente.

Frampton s'était fait une toute petite réputation à l'époque où il était guitariste pour la formation Humble Pie. Toutefois, initialement sa carrière solo n'avait pas suscité beaucoup d'intérêt. Ses quatre premiers albums ne s'étaient pas du tout vendus. Tout ceci amena beaucoup de gens à se demander en 76 : «Qui sont donc tous ces gens que l'on peut entendre applaudir sur le disque en spectacle de Frampton, si c'est un parfait inconnu?» Il faut croire que s'il était inconnu du grand public il avait tout de même une poignée de fans prêts à payer pour aller le voir en spectacle. Un peu comme Kiss avant 75, Frampton avait un petit public de fidèles qui le suivait depuis des années. Un public assez important pour remplir des petits arénas dans certaines grandes villes. Heureusement qu'il avait des fans d'ailleurs, puisque Frampton a été en mesure de nous offrir tout un album. On pourrait même dire dire qu'il s'agit d'un « Greatest Hits en spectacle ». On y retrouve toutes les meilleures chansons de tous les albums solo de Frampton : Something's Happening , Wind Of Change , It's A Plain Shame , (I'll Give You) Money , Shine On , Lines On My Face , ainsi qu'une reprise intéressante de Jumping Jack Flash des Rolling Stones.

Trois 45 tours à succès ont été tirés de l'album double : Show Me The Way , Baby I Love Your Way , ainsi qu'une version écourtée de Do You Feel Like We Do . Cependant, ce succès a eu des répercussions importantes sur l'industrie de la musique. Le fait que Frampton Comes Alive ait été le premier disque à être certifié multi-platine a fait réaliser à l'industrie qu'il y avait une clientèle beaucoup plus importante qu'on ne l'avait estimé auparavant. Les dirigeants des compagnies de disques ont tout de suite vu le potentiel commercial qui s'offrait à eux quand ils ont compris à quel point la vente de disques pouvait rapporter. Ce potentiel commercial a alors attiré des compagnies de l'extérieur qui ne s'intéressaient pas à la musique, seulement aux profits. Ces compagnies ont pris des actions dans les sociétés de disques qui ont commencé à serrer la vis afin qu'il y ait de plus en plus de bénéfices. C'est à ce moment-là que les comptables ont pris la tête des compagnies de disques. Ces dernières se sont alors totalement désintéressées des artistes marginaux au profit d'artistes commerciaux. C'est ce qui explique un peu le fait que les majors ne prennent plus de risques aujourd'hui et que tant d'artistes fades dominent la scène musicale depuis quelques années.

L'aspect artistique qui dominait au début des années 70 avait foutu le camp puisque tout n'était plus que question de ventes et de profits. Le pire dans tout ça, c'est que Frampton fut probablement une des premières victimes de cette nouvelle façon de faire. Quand il s'est mis à vendre moins de disques, les compagnies de disques l'ont laissé choir comme un vieux kleenex de la veille. Frampton avait été trop associé à une image de teen idol et ça lui a considérablement nuit par la suite. De plus, il prit des mauvaises décisions artistiques qui ont fini par avoir raison de sa carrière (comme celle notamment de tenir la vedette aux côtés des Bee Gees dans le film musical Sgt. Pepper's , un navet risible qui a achevé ce qui restait de sa crédibilité). Néanmoins, Frampton Comes Alive est un grand album qu'il vaut vraiment la peine de connaître, ne serait-ce que pour l'importance historique qu'il a.








no.28
Boston (1976)
Boston
Epic EK-34188

La sortie du premier album de Boston marquait aussi les débuts de ce qu'on allait plus tard appeler le « corporate rock ». Ce genre musical, prisé par certains et maudit par d'autres, par lequel les programmateurs de stations ont instauré les normes radiophoniques des deux décennies suivantes. À l'époque, les gens appelaient ce genre musical aseptisé « FM rock ». Ce genre de rock était moins rugueux et visait directement à plaire aux adultes (lire ici les « baby boomers »)

La première vague de groupes d e « FM rock » était plutôt intéressante. On n'a qu'à penser entre autres à Steely Dan, Styx, Journey et Kansas. On retrouvait de très bons albums dans le genre : les deux premiers Foreigner, The Grand Illusion et Pieces Of Eight de Styx, Pretzel Logic et The Royal Scam de Steely Dan... La liste est longue. Toutefois, ce genre musical qui s'est volontairement imposé des limites n'a pas tardé à aliéner rapidement les mélomanes.

Le premier album de Boston est le meilleur (et de loin) album de « corporate rock » de tous les temps. On a affaire ici à du vrai rock de laboratoire. La production est léchée au possible, les compositions sont impeccables, l'instrumentation et les harmonies vocales sont parfaites, rien ne dépasse. On sent qu'ils ont passé des mois en studio pour préparer leur disque. Le son des guitares en particulier est renversant. Il faut dire que Tom Scholz est un ingénieur diplômé du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui construisait lui-même tous les gadgets électroniques du groupe afin de constamment améliorer leur sonorité.

Le disque est rempli de classiques : More Than A Feeling , Peace Of Mind , Long Time , Smokin' , Hitch A Ride , Rock & Roll Band ... Dans le fond, on pourrait toutes les citer.

Avec tous ces atouts en place les résultats ne se firent pas attendre. Boston fut l'album des débuts le plus vendu de l'histoire avec dix millions d'exemplaires écoulés. Toutefois, Boston n'était pas un vrai groupe en réalité. Ils firent bien quelques spectacles à la fin des années 70, mais tout se passait surtout dans le studio de Scholz. En fait, Scholz, c'était lui Boston. Les autres n'étaient que de simples figurants (quoique Brad Delp ait tenu un rôle plus important que les autres dans l'élaboration de la musique). Dans des entrevues, Scholz ne se gênait pas d'ailleurs pour se vanter d'être le cerveau du groupe, donnant l'impression que les autres n'étaient là que pour faire sa lessive.

Malgré tout cela, Boston est un des plus grands disques de rock à avoir jamais été enregistré. Un disque que tout amateur du genre devrait avoir dans sa collection.








no.29
The Twelve Dreams Of Doctor Sardonicus (1970)
Spirit
Epic EK 65003

La musique psychédélique a influencé à fond la fin des années 60. Qu'en était-il en réalité du psychédélisme? Pas grand-chose malheureusement! En fait la plupart des groupes psychédéliques étaient souvent mauvais et peu intéressants. On se rappelle seulement des grandes formations comme Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et les Grateful Dead.

Autre exception : Spirit, qui fut probablement un des plus grands représentants du genre psychédélique de la fin des années 60. Tous les albums du groupe parus à cette période sont des classiques. En tant que musiciens, ils surpassaient de loin leurs contemporains. Randy California (guitare) brillait par son génie (n'oublions pas qu'il a a eu pour mentor Jimi Hendrix!). Le reste du groupe était aussi extraordinairement surdoué. La voix de Jay Ferguson était d'une douceur appropriée pour le genre Peace & Love allumé. Mais c'est surtout Ed Cassidy (batterie) qui aida le groupe à se démarquer par son côté jazz /rock révolutionnaire. Déjà avec The Family That Plays Together (qui renfermait leur énorme succès I Got A Line On You ) on se doutait du talent exceptionnel de la formation. Mais la surprise fut générale avec la sortie de The 12 Dreams of Doctor Sardonicus . Ce disque, leur troisième, est le meilleur album qu'ils ont enregistré en carrière et demeure une des œuvres majeures des années 60. Seule Nature's Way eut passablement de succès à la radio. Mais, somme toute, le disque resta plutôt ignoré. Chose incompréhensible puisque l'album au complet est tout à fait génial. Les explorations techniques et musicales du groupe nous laissent pantois encore aujourd'hui. L'album sonne comme s'il venait d'être enregistré la veille.

Nothing to Hide qui ouvre l'album est une pièce ambitieuse agrémentée de cuivres et d'un solo de guitare slide bourré d'effets de réverbération. Cette chanson augure très bien du reste de l'album. C'est suivi de la merveilleuse Nature's Way , une chanson acoustique accompagnée d'une partie de timbales. Cet extrait du disque continue encore aujourd'hui de jouer régulièrement sur les ondes des stations de rock classique américaines. À part I Got A Line On You , Nature's Way est la pièce la plus connue de Spirit.

Love Has Found A Way utilise intelligemment comme base rythmique plusieurs bandes passées à l'envers. L'effet est, on ne peut plus intéressant. On se demande encore où ils ont été chercher un concept aussi révolutionnaire. Bien sûr, les Beatles et Hendrix avaient déjà exploité l'idée, mais aucun des deux n'avaient été aussi loin.

Mr. Skin aurait pu être un succès. Mais peut-être que cette chanson funky ainsi que le reste de l'album étaient beaucoup trop en avance sur l'époque pour avoir eu un impact immédiat. On réalise ce fait quand on écoute les chansons suivantes, Space Child et When I Touch You . Cette dernière en particulier nous rappelle la formation grunge de Seattle Soundgarden. Tout cela en 1970! C'est dire à quel point 12 Dreams était visionnaire.

Street Worm est un des sommets de l'album. Pour la première fois dans l'histoire du rock, un guitariste avait recours à la technique du tapping . La partition de guitare et l'interaction avec le piano sont tout à fait brillantes.

Comment cet album a-t-il pu passer à côté du succès? Voilà un autre des mystères de la vie. Aucune idée! Mais il serait injuste de passer une autre fois à côté... Non?








no.30
Happy Trails (1969)
Quicksilver Messenger Service
BGOCD151

On a souvent entendu parler des groupes psychédéliques de San Francisco. Le Jefferson Airplane fut le plus glorieux de tous ces groupes. Mais la plupart des trucs issus de Haight -Ashbury ne se sont jamais rendus bien loin. L'époque était très particulière. Les groupes pouvaient se permettre d'improviser en concert pendant de longues heures, tout en étant acclamés par le public et la critique. Tout cela, sans jamais avoir à se soucier d'avoir à produire des succès sur 45 tours. Un des groupes les plus importants de la Bay Area à l'époque (1967-1970) fut Quicksilver Messenger Service. Au moins aussi important que les Grateful Dead, It's A Beautiful Day, Country Joe & The Fish et le Big Brother & The Holding Company de Janis Joplin ne l'ont été.

Quicksilver était dirigé par le guitariste John Cippolina. Un musicien réputé pour son jeu nerveux, son bon goût et son vibrato exacerbé qui a fait de nombreux petits par la suite. Le groupe a été signé en 1968 par Capitol Records et a enregistré un premier album éponyme en 1968. L 'effort était fort louable mais n'égalait en rien les prouesses musicales dont le groupe faisait preuve sur scène. Pour le deuxième disque, la formation a eu l'idée brillante d'enregistrer là où elle excellait le plus : en spectacle sur la scène des Fillmores East et West. Le résultat est on ne peut plus intéressant. Le disque débute avec une version de 25 minutes de Who Do You Love de Bo Diddley qui nous permet d'apprécier les talents de chacun des musiciens du groupe. Il s'agit là du meilleur moment du disque.

Les quatre autres pièces du disque sont intéressantes (surtout Maiden Of the Cancer Moon ) par leur approches instrumentales atmosphériques, mais restent néanmoins marginales (dans le fond, il s'agit tout de même de rock psychédélique... un genre plutôt inaccessible pour le commun des mortels). Pour les initiés, il s'agit-là d'un véritable orgasme musical qu'il faut déguster avec une avidité vorace.

Un incontournable d'une époque fascinante qu'il fait toujours bon de revisiter ne serait-ce que pour son incroyable candeur...